On reçoit un relevé de remboursement CPAM inférieur à ce qu’on attendait, ou pire, une facture de transport sanitaire avec un montant qui ne colle pas du tout avec le trajet prescrit. Le réflexe est souvent de laisser filer, parce que les démarches paraissent opaques. La contestation d’une facture ou d’un dépassement lié à un bon de transport Cerfa suit pourtant un parcours balisé, à condition de savoir quels documents jouer et à quel moment.
Volet 1 et volet 2 du Cerfa 11574*06 : la base de toute contestation
Avant même de rédiger un courrier, on doit comprendre comment fonctionne le bon de transport Cerfa. Le formulaire 11574*06 se compose de deux volets distincts, et c’est là que se nichent la plupart des erreurs qui déclenchent un litige.
Le volet 1 est destiné au médecin-conseil de la CPAM, sous enveloppe cachetée. Il sert au contrôle médical de la prescription. Le volet 2, lui, part vers le service remboursement : c’est sur cette base que la caisse calcule la prise en charge et vérifie la facture du transporteur.
En pratique, si le volet 2 contient une erreur (mauvais mode de transport prescrit, destination incorrecte, date décalée), la CPAM peut réduire ou refuser le remboursement. Le patient se retrouve alors avec un reste à charge anormal, sans toujours comprendre pourquoi.
Premier réflexe à avoir : demander une copie de ces deux volets au médecin prescripteur et au transporteur. Si le volet 2 transmis à la CPAM ne correspond pas à la prescription médicale initiale, on tient un argument solide pour contester.

Facture de taxi conventionné ou VSL : vérifier les postes avant de contester
Les dépassements sur une facture d’ambulance, de VSL ou de taxi conventionné ne viennent pas toujours d’une surfacturation volontaire. Plusieurs postes peuvent gonfler le montant sans que le transporteur soit en tort.
- La franchise médicale et le ticket modérateur restent à la charge du patient sauf en cas d’ALD ou d’exonération spécifique. Si la mutuelle ou l’assurance complémentaire santé ne prend pas le relais, le reste à charge peut surprendre.
- Les suppléments tarifaires (trajet de nuit, dimanche, péage, retour à vide) sont encadrés par la convention entre le transporteur et la CPAM. Un taxi conventionné ne peut pas facturer au-delà du tarif conventionnel pour un trajet prescrit.
- Un trajet réalisé avec un mode de transport différent de celui prescrit par le médecin (ambulance au lieu de VSL, par exemple) peut entraîner un refus partiel de remboursement, même si le transporteur sanitaire a effectué la course.
Avant de lancer une démarche formelle, on compare la facture du transporteur avec le bon de transport Cerfa et le relevé de remboursement. Les écarts se trouvent souvent dans ces détails.
Prescription médicale expirée : un piège fréquent en cas de soins prolongés
Un point rarement abordé dans les litiges de transport médical concerne la durée de validité du bon de transport. La prescription médicale de transport est valable un an à compter de la date indiquée par le médecin. Au-delà, la CPAM peut refuser la prise en charge, même si le transporteur a utilisé le bon comme justificatif.
Pour les patients en soins réguliers (dialyse, chimiothérapie, rééducation), le risque est concret. On accumule des trajets sur plusieurs mois, et on oublie que le bon initial a expiré. Le transporteur continue de facturer, la CPAM rejette, et le patient reçoit une facture intégrale.
Si on se retrouve dans cette situation, la contestation portera sur la responsabilité partagée : le transporteur conventionné aurait du vérifier la validité du document. Ce n’est pas un argument juridiquement garanti, mais la Commission de recours amiable (CRA) de la CPAM l’examine au cas par cas.
Contester un refus de remboursement CPAM : la procédure concrète
Une fois le problème identifié, la contestation suit un parcours en deux temps.
Recours amiable auprès de la CRA
On commence toujours par saisir la Commission de recours amiable de la CPAM. C’est obligatoire avant tout recours contentieux. Le courrier, envoyé en recommandé avec accusé de réception, doit contenir :
- Une copie du bon de transport Cerfa (les deux volets si possible)
- La facture du transporteur (ambulance, VSL ou taxi conventionné)
- Le relevé de remboursement de l’assurance maladie
- Un courrier expliquant précisément le motif de la contestation : erreur de calcul, dépassement non justifié, prescription non respectée par le transporteur
Le délai pour saisir la CRA est de deux mois à compter de la notification de la décision contestée. La commission dispose ensuite de deux mois pour répondre. Sans réponse dans ce délai, le silence vaut rejet.
Saisine du pôle social du tribunal judiciaire
Si la CRA rejette la demande (ou ne répond pas), on peut saisir le pôle social du tribunal judiciaire. Cette étape nécessite généralement de rassembler des pièces complémentaires et, selon la complexité du dossier, de se faire accompagner. Les retours varient sur ce point : certains patients obtiennent gain de cause sans avocat, d’autres préfèrent un appui juridique pour les montants significatifs.

Dépassement d’un transporteur conventionné : signaler à la CPAM
La contestation de facture et le signalement sont deux démarches distinctes. Si un taxi conventionné ou un transporteur sanitaire facture au-delà du tarif conventionnel sans justification, on peut signaler la pratique directement à la CPAM. La caisse dispose d’un pouvoir de contrôle sur les transporteurs conventionnés et peut engager des sanctions, allant jusqu’au déconventionnement.
Le signalement passe par un courrier au directeur de la caisse primaire d’assurance maladie, avec copie de la facture litigieuse et du bon de transport Cerfa. On joint tout élément prouvant l’écart entre le tarif conventionnel et le montant facturé.
Ce type de démarche protège aussi les autres patients. Un transporteur qui pratique des dépassements systématiques sur des trajets prescrits par le médecin finit par être repéré si les signalements s’accumulent.
Le point à retenir pour toute contestation liée à un bon de transport Cerfa : la solidité du dossier repose sur la cohérence entre trois documents (la prescription médicale, la facture du transporteur, le relevé CPAM). Dès qu’un écart apparaît entre ces pièces, la contestation a des chances d’aboutir à condition d’agir dans les délais et de viser le bon interlocuteur, CRA en premier recours.

