Le dosage de la ferritine sérique reste le premier examen prescrit pour évaluer les réserves en fer. Interpréter un excès de ferritine suppose de distinguer une surcharge en fer réelle d’une élévation liée à l’inflammation, au syndrome métabolique ou à une cause génétique rare. Les recommandations publiées en 2026 précisent les intervalles de recontrôle et les seuils décisionnels qui manquaient jusqu’ici dans la pratique courante.
Intervalles de recontrôle de la ferritine après un événement intercurrent
Un point rarement formalisé dans les anciens protocoles concernait le délai à respecter avant de redoser la ferritine après un facteur confondant. Les préconisations diffusées en 2026 proposent des intervalles standardisés qui modifient la conduite à tenir en médecine de ville.
| Situation clinique | Délai avant recontrôle de la ferritine |
|---|---|
| Début ou arrêt d’une supplémentation en fer (orale ou IV) | 3 mois |
| Don de sang ou pertes menstruelles abondantes | 8 à 12 semaines |
| Épisode infectieux ou inflammatoire aigu | 4 à 6 semaines |
| Bilan martial de routine chez l’adulte | Dosage annuel |
Ces délais répondent à un problème concret : un dosage réalisé trop tôt après une infection ou une perfusion de fer intraveineux produit une valeur faussement élevée, ce qui déclenche parfois des explorations inutiles. Attendre 4 à 6 semaines après un épisode inflammatoire aigu avant d’interpréter le résultat réduit ce risque.

Coefficient de saturation de la transferrine et ferritine : deux marqueurs à croiser
La ferritine seule ne suffit pas à poser un diagnostic d’hyperferritinémie avec surcharge en fer. Le coefficient de saturation de la transferrine (CST) reste le marqueur complémentaire qui oriente le bilan étiologique.
Ferritine élevée avec CST normal ou bas
Cette configuration oriente vers une hyperferritinémie sans surcharge en fer. Les causes les plus fréquentes sont le syndrome métabolique, la consommation excessive d’alcool, l’inflammation chronique ou un syndrome hyperferritinémie-cataracte d’origine génétique. L’avis de la HAS publié en mars 2026 a d’ailleurs inscrit le séquençage haut débit ciblé de panels de gènes dans le diagnostic des hyperferritinémies génétiques sans surcharge en fer, ce qui ouvre une voie diagnostique jusque-là réservée aux centres spécialisés.
Ferritine élevée avec CST augmenté
Un CST supérieur au seuil de référence associé à une ferritine élevée oriente vers une surcharge en fer véritable, dont la cause principale reste l’hémochromatose héréditaire liée au gène HFE. Le dépistage génétique devient alors prioritaire. La prise en charge repose sur les saignées (phlébotomies), dont la fréquence est ajustée selon la cinétique de décroissance de la ferritine.
Hyperferritinémie prolongée sans traitement : les signaux hépatiques à surveiller
Une ferritine durablement élevée sans prise en charge expose à des dépôts de fer dans le foie, le pancréas et le cœur. Selon un article d’UniverSanté publié en août 2026, une hyperferritinémie ignorée pendant des années peut favoriser une fibrose hépatique progressive, une cirrhose ou un diabète secondaire à l’atteinte pancréatique.
Le bilan hépatique (transaminases, échographie) fait partie du suivi recommandé dès que la ferritine dépasse le seuil de normalité de façon répétée. L’IRM hépatique quantitative permet de mesurer directement la concentration en fer du foie lorsque le diagnostic de surcharge est confirmé.
- Transaminases élevées associées à une ferritine haute : rechercher une atteinte hépatique liée au fer ou une stéatose métabolique concomitante.
- Ferritine fluctuante avec syndrome inflammatoire biologique : privilégier la CRP pour distinguer inflammation et surcharge.
- Ferritine très élevée chez un patient transfusé en onco-hématologie : envisager un traitement chélateur du fer selon les recommandations spécifiques à la surcharge post-transfusionnelle.
Carence en fer et excès de ferritine en onco-hématologie : un paradoxe fréquent
La séance de l’Académie nationale de médecine du 28 avril 2026 a abordé les nouvelles voies thérapeutiques liées à la carence et à la surcharge en fer en onco-hématologie. Un patient peut présenter simultanément une ferritine élevée (par inflammation tumorale) et une carence fonctionnelle en fer, situation où le fer est séquestré dans les macrophages sans être disponible pour l’érythropoïèse.
Dans ce contexte, le dosage isolé de la ferritine induit en erreur. Les recommandations KDIGO 2026 pour l’anémie de l’insuffisance rénale chronique illustrent le même principe : elles intègrent la ferritine dans un panel de biomarqueurs (CST, pourcentage de globules rouges hypochromes, contenu en hémoglobine des réticulocytes) plutôt que de s’y fier seule.

Formaliser le suivi de ferritine en médecine de ville : protocole pratique
L’enjeu pour les généralistes est de transformer ces recommandations en un protocole reproductible. Le schéma suivant synthétise les étapes à suivre face à une ferritine élevée découverte sur un bilan de routine.
- Vérifier l’absence de facteur confondant récent (infection, supplémentation, don de sang) et respecter le délai de recontrôle adapté avant de redoser.
- Associer systématiquement le coefficient de saturation de la transferrine au dosage de ferritine pour orienter le diagnostic étiologique.
- En cas de CST normal et de syndrome métabolique, traiter la cause sous-jacente (perte de poids, sevrage alcoolique, contrôle glycémique) avant de conclure à une surcharge en fer.
- En cas de CST élevé, demander la recherche de la mutation C282Y du gène HFE et adresser au spécialiste si le résultat est positif.
- Intégrer un dosage annuel de la ferritine dans le suivi des patients à risque (hémochromatose traitée, maladie hépatique chronique, transfusions répétées).
L’inscription par la HAS du séquençage ciblé pour les hyperferritinémies génétiques sans surcharge en fer donne aux médecins un outil diagnostique supplémentaire, accessible en ville via une prescription orientée. Ce cadre simplifie le parcours du patient qui, jusqu’à présent, naviguait entre dosages répétés et avis spécialisés sans arbre décisionnel clair.
La ferritine reste un marqueur sensible, mais peu spécifique. Les recommandations 2026 recentrent le suivi sur deux axes : respecter les délais de recontrôle pour éviter les faux positifs, et ne jamais interpréter la ferritine sans le coefficient de saturation de la transferrine. Ce binôme conditionne toute la suite du bilan.

