Les hépatites virales représentent toujours un défi de santé publique

En 2024, environ 287 millions de personnes vivaient avec une hépatite B ou C chronique dans le monde, et 1,3 million en sont décédées selon l’OMS. Des vaccins efficaces existent contre l’hépatite B, des antiviraux à action directe guérissent plus de 95 % des cas d’hépatite C. Les outils sont là. Leur déploiement, lui, reste très en deçà des besoins.

Hépatite B et hépatite C : deux profils épidémiologiques distincts

Comparer les hépatites B et C sur leurs paramètres cliniques et thérapeutiques permet de comprendre pourquoi les stratégies de santé publique divergent selon le virus ciblé.

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Critère Hépatite B Hépatite C
Vaccin disponible Oui (efficace aussi contre l’hépatite D) Non
Traitement curatif Non (traitement suppressif au long cours) Oui (antiviraux à action directe, taux de guérison supérieur à 95 %)
Principale voie de transmission persistante Mère-enfant, sang, rapports sexuels Sang (injection, actes médicaux non sécurisés)
Risque de chronicité Élevé chez le nourrisson, faible chez l’adulte Élevé quel que soit l’âge de l’infection
Complications majeures Cirrhose, carcinome hépatocellulaire Cirrhose, cancer du foie

Ce tableau révèle un paradoxe. L’hépatite B dispose d’un vaccin mais pas de traitement curatif. L’hépatite C se guérit mais ne se prévient pas par la vaccination. Chaque virus exige donc une stratégie radicalement différente.

Technicienne de laboratoire analysant des échantillons sanguins pour le dépistage des hépatites virales

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Dépistage des hépatites : le maillon faible à l’échelle mondiale

L’OMS le répète depuis plusieurs années : le principal obstacle n’est plus l’absence d’outils médicaux mais leur sous-utilisation. En Europe, seule une minorité des personnes vivant avec l’hépatite B a été diagnostiquée, et une fraction encore plus réduite reçoit un traitement.

Ce sous-diagnostic massif s’explique par la nature même de ces infections. Les hépatites B et C évoluent souvent sans symptôme pendant des années, parfois des décennies. Le foie se détériore silencieusement, et le diagnostic tombe fréquemment au stade de cirrhose ou de cancer hépatique.

Pourquoi le dépistage n’atteint pas sa cible

  • Le caractère asymptomatique de l’infection chronique ne pousse pas les personnes à risque à consulter, ni les médecins à prescrire systématiquement un test
  • Dans de nombreux pays à revenus faibles ou intermédiaires, les tests rapides et les analyses de charge virale restent peu accessibles en dehors des centres urbains
  • La stigmatisation associée aux hépatites virales (liée à l’usage de drogues injectables ou à la transmission sexuelle) freine le recours au dépistage volontaire

Des millions de personnes restent infectées sans le savoir, selon l’OMS Europe. Ce constat vaut pour la région européenne comme pour l’Afrique subsaharienne, où des retours de terrain au Burkina Faso confirment que les hépatites B et C sont souvent découvertes à un stade avancé de la maladie.

Objectif OMS 2030 : élimination des hépatites virales hors de portée

L’Organisation mondiale de la santé avait fixé en 2016 un objectif ambitieux : éliminer les hépatites virales comme menace de santé publique d’ici 2030. En juillet 2026, l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) a averti que la région européenne n’atteindra probablement pas cet objectif dans les délais prévus.

La mise en œuvre des mesures clés reste trop inégale d’un pays à l’autre. Certains États ont déployé des programmes nationaux de dépistage universel et un accès élargi aux traitements antiviraux. D’autres accusent un retard structurel sur la couverture vaccinale, le dépistage prénatal ou le remboursement des traitements.

Vaccination néonatale contre l’hépatite B : un point faible persistant

La transmission de la mère à l’enfant constitue l’une des voies d’infection les plus redoutées pour l’hépatite B, car le risque de passage à la chronicité dépasse largement celui observé chez l’adulte. L’OMS a signalé que la couverture vaccinale dans les 24 heures suivant la naissance reste insuffisante à l’échelle mondiale.

En Europe, le dépistage systématique pendant la grossesse a permis de réduire la transmission verticale dans les pays qui l’ont mis en place. Cette mesure demeure absente ou partielle dans d’autres contextes, ce qui maintient un réservoir actif du virus chez les nouveau-nés.

Consultation de prévention des hépatites virales entre une patiente et une infirmière dans un centre de santé communautaire

Accès aux traitements antiviraux : des écarts géographiques considérables

Les antiviraux à action directe contre l’hépatite C représentent une avancée thérapeutique majeure. Leur prix a significativement baissé depuis leur mise sur le marché. En revanche, l’accès effectif à ces traitements varie de façon spectaculaire selon les régions.

Dans des pays comme l’Espagne, des programmes de dépistage et de traitement à grande échelle ont permis de réduire fortement la prévalence de l’hépatite C. À l’inverse, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud-Est ne disposent pas des infrastructures de diagnostic nécessaires pour identifier les patients éligibles au traitement.

Pour l’hépatite B, la situation diffère. Aucun traitement curatif n’existe à ce jour. Les analogues nucléos(t)idiques permettent de supprimer la réplication virale et de ralentir la progression vers la cirrhose, mais ils doivent être pris au long cours, parfois à vie. La recherche d’un traitement curatif reste une priorité pour l’ANRS-MIE et d’autres institutions.

Ce que l’OMS demande aux gouvernements

Lors de la Journée mondiale contre l’hépatite 2026, l’OMS a lancé un appel ciblant trois axes : intégration du dépistage des hépatites dans les soins de santé primaires, innovation dans les outils diagnostiques décentralisés, et leadership communautaire pour atteindre les populations marginalisées.

L’enjeu n’est pas médical au sens strict. Les molécules et les vaccins existent. L’obstacle principal reste l’accès au diagnostic et aux soins, particulièrement pour les populations éloignées des systèmes de santé ou confrontées à la stigmatisation. Une personne meurt toutes les 30 secondes des suites de complications liées à une hépatite chronique. Ce chiffre, rappelé par l’OMS en 2026, résume à lui seul l’écart entre les capacités médicales disponibles et leur déploiement réel.

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